Entretien avec R J Ellory

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Bertrand : Vous êtes né au Royaume-Uni, mais nous ressentons en lisant vos livres que vous êtes un vrai Américain. Que trouvez vous dans des histoires basés aux États-Unis que vous ne pourriez pas trouver au Royaume-Uni ?

R.J ELLORY : Je pense, pour moi, que cela vient du grand éventail de problèmes, de sujets et de sous-culture que je peux rencontrer aux États-Unis. J’écris sur des choses qui m’intéressent, et aux Etats-Unis je peux traiter de la peine de mort, de la CIA, du FBI, de Hollywood, de la Mafia, des Kennedys, de Marylin Monroe, de cette grande variété de politique et de point de vue philosophique différents depuis la Nouvelle Angleterre jusqu’au Texas, de la Californie au Mississippi. Les États-Unis comptent 50 états et presque tous aussi grand que le Royaume-Uni, et ils ont tous leur propre identité individuelle. J’aime écrire sur une nation jeune mais qui a pourtant réussi à poser son empreinte sur toutes les choses que l’on fait dans le monde occidental.

Beaucoup de gens qui aimeraient un jour être publiés voudraient savoir si vous avez changé quelque chose dans votre façon d’écrire entre vos premiers romans écrits dans les années 80-90 (mais non publiés) et votre premier roman publié, pas encore traduit en français Candlemoth… Et quelles sont les raisons pour lesquelles vos livres n’ont pas été publiés plus tôt ?

Je n’ai pas changé grand chose pour être honnête. Je pense que j’étais un peu moins descriptif, peu plus succinct dans mon écriture. Mais, pour le dire plus simplement, j’ai commencé à écrire le genre de livres que j’avais envie de lire, en opposition au genre de livre que je pensais que les lecteurs voulaient lire. Quand je relis mes premiers romans, bien qu’ils nécessitent des modifications (tous les livres en nécessitent !), je pense que la façon d’écrire était bonne. J’étais juste en face de cet obstacle sans fin : les éditeurs britanniques et américains me disaient qu’ils ne ressentaient pas envisageable de pouvoir “vendre” un auteur britannique écrivant des romans basés aux États-Unis. En toute honnêteté les lecteurs n’en tiennent pas compte. Tout ce qui intéresse le lecteur, c’est une bonne histoire et c’est ce que je vais toujours rechercher.

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Dans Vendetta, Les Anonymes, et Les Anges de New York, le lecteur peut découvrir plusieurs parties de l’Histoire Américaine à propos de la guerre, la drogue et l’argent. Pensez vous que le passé est la clé pour comprendre le présent et le futur ? Et en ce qui concerne les recherches que vous avez faites pour ces livres, ces « secrets », avez vous une équipe de recherches comme certains auteurs ou faites vous vos recherches tout seul ?

Selon moi la vérité à propos de l’Histoire c’est que toutes les leçons que l’on a besoin de connaître sont là, mais nous ne voulons pas les apprendre. Les gouvernements sont élus pour représenter les souhaits et les intentions des individus, mais lorsqu’ils sont au pouvoir ils travaillent dans le seul but de protéger leurs propres intérêts. On dit que la politique est un jeu pour ceux qui sont suffisamment intelligent pour la comprendre, et en même temps assez bêtes pour penser que c’est important. Les habitants de ce monde ne sont pas mauvais, fous, diaboliques, corrompus et destructeurs… pourtant l’humanité apparaît agir ainsi. Qu’est ce que cela nous dit ? Que ceux qui ont le pouvoir souhaitent garder les nations du monde en guerre les unes contre les autres. Il y a ceux qui incitent activement au terrorisme, à la barbarie des religions, et aux discriminations raciales, et nous – les humains – sommes tout simplement impuissant pour arrêter cela. C’est un triste bilan… mais je pense que les récentes révoltes et protestations tout autour du monde montrent bien que les gens sont fatigués de voter pour des politiciens qui ne servent que leurs propres intérêts.

En ce qui concerne les recherches, j’aime me documenter et je fais tout cela seul.

Trouvez vous les idées pour vos livres dans les journaux, sur internet, ou bien sont elles dans votre cerveau depuis longtemps ?

Les idées pour mes livres proviennent de la vie, des choses vues à la télévision, des romans, des journaux, des magazines qu’on lit, de conversations avec des amis et des inconnus, et de partout. Souvent j’ai une petite idée pour un livre et j’ai ensuite d’autres idées, et encore une autre. Toutes ces idées en deviennent une seule. J’ai beaucoup d’idées pour des romans et j’en laisse certaines de coté car elles ne sont pas suffisamment intéressantes. Je sais si une idée est suffisamment forte pour un livre car je suis encore en train d’y penser plusieurs semaines après l’avoir eu.

42970112J’ai entendu dire que vous étiez président de la « Crime Writer Association » au Royaume-Uni. Ressentez vous parfois de la concurrence avec d’autres écrivains de romans policiers comme PD James, Ian Rankin, ou d’autres ? Ou bien vous sentez vous en concurrence avec des auteurs américains ? Quel genre de relation avez vous avec les autres auteurs ?

Je suis actuellement Vice Président, et je serais Président l’année prochaine. Je ne ressens pas de concurrence avec d’autres auteurs. Je pense que les membres de la CWA se soutiennent mutuellement. Les écrivains de romans policiers ne sont pas considérés comme de vrais écrivains par la communauté littéraire dans son ensemble, ce qui nous permet de créer notre propre communauté. Un ami comparait les écrivains de romans policiers à « des fumeurs » du monde littéraire. Que nous devions aller dehors fumer et rester sous la pluie pendant que tout le monde restait à l’intérieur et profitait de la fête.

Lisez vous beaucoup de livres ? Quels sont vos auteurs préférés, vivants ou morts ?

J’ai lu toute ma vie bien sur. Je pense que tous les écrivains, qu’ils soient bons ou mauvais, étaient de grands lecteurs. J’aime Conan Doyle, Tolkien, Stephen King, Raymond Chandler, Truman Capote, Cormac McCarthy, Norman Mailer, Faulkner, Steinbeck, Hemingway, Carson McCullers, Annie Proulx, Daniel Woodrell, James M. Cain, Dashiell Hammett… et la liste ne s’arrête pas là. Il y en a tant à nommer.

J’ai le sentiment qu’il peut être difficile de lire d’autres romans d’écrivains quand on en est soit même un ? N’avez vous jamais eu le sentiment : « Mince… J’aurais du écrire cette histoire ? »

Je ne lis pas d’autres auteurs quand j’écris. Je lis quand je voyage. Je garde ces choses séparés. Et non je n’ai jamais eu la sensation, en lisant un livre, que j’aurai aimé l’avoir écrit. Je pense que tous les auteurs ont leurs propres histoires, et ils écrivent dans un style unique. Même si je trouvais une histoire que j’aurais tellement aimé, au point que j’espérais l’avoir écrite, je pense que si je l’avais fait, cela aurait été un livre très différent de toute façon.

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The Whiskey Poets

Parlons un peu de musique. Vous jouez dans le groupe The Whiskey Poets, dont vous écrivez les paroles. Trouvez vous que la musique et les livres ont un lien ?

Oui, tout à fait. Je pense qu’il y a un rythme dans le langage comme dans la musique. Selon moi, la chose la plus importante dans la création artistique c’est la réaction émotionnelle et l’engagement que cela crée avec le lecteur, le spectateur, ou l’auditeur. Je pense qu’il y a une longueur d’onde esthétique et on répond à cette énergie de façon unique et précise. Je lis un livre et ressens quelque chose. Vous lisez le même livre et vous ressentez quelque chose de très différent. Vous réagissez à un certain type de musique, je réagis à un autre, c’est très personnel et unique. Je pense que c’est Hans Christian Andersen qui disait : « Quand les mots échouent, la musique dit tout. » Je dis souvent que la musique est ma religion et l’écriture ma philosophie. Ils travaillent ensemble pour se compléter l’un et l’autre.

Dans vos livres, nous pouvons « sentir » la musique, cela nous permet de ressentir une atmosphère. Écrivez vous vos livres en écoutant de la musique, ou avez vous besoin d’autres sons ?

Non, je dois écrire dans le silence. Je ne peux pas écouter de musique en écrivant. Je dois apprécier le silence pour mieux me concentrer sur le rythme des mots. Parfois j’écris une phrase, ensuite je la lis et je sais si il y a une syllabe de trop. Je vais donc la réécrire pour en changer le rythme. Le son et la musique interfèreraient ce jugement et cette perception.

Quels sont vos groupes favoris ? Quel genre de musique aimez vous écouter ?

C’est une question impossible ! C’est comme me demander quel est mon livre, ma peinture, ou mon film favori ! J’ai des centaines de CDs, de cassettes et de vinyles. J’ai commencé à mettre mes CDs dans un Ipod. J’ai travaillé à cela, petit à petit, pendant six mois. J’ai maintenant plus de 9000 chansons sur mon Ipod et je suis encore loin d’en avoir terminé. J’aime le Blues, le rhythm and blues, le jazz, la musique country. J’aime Shostakovich et Iggy Pop, Suzanne Vega and les MC5, Rachmaninov et Sinatra, The Gun Club et Tony Bennett, The Cramps et Gershwin, The Allman Brothers, Muddy waters, Howlin’ Wolf, Hendrix, Joplin, The Doors… Vous saisissez l’idée ?

Habitant Birmingham, trouvez vous que la musique rock fasse partie de chaque anglais ?

Je n’en ai aucune idée ! Birmingham est en fait le berceau du heavy metal avec des groupes tels que Black Sabbath. Robert Plant des Led Zeppelin est aussi de la région. Je pense que la musique est partie intégrante de chaque personne sur la planète, mais je ne pense pas nécessairement que ceux de Birmingham aient une connexion spirituelle à la musique Rock.

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Qu’est ce qui vous a donné la motivation d’essayer d’être à nouveau publié après plus de dix ans ? Est ce que c’est quelque chose que vous étiez fait pour faire, pour être heureux ?

Oui, je pense que c’était, et que c’est toujours, ma vocation. Qu’est ce qui m’a poussé à recommencer ? Tout simplement le 11 Septembre. Je pensais à tous ces gens qui partaient travailler ce matin là et qui ne sont jamais rentrés chez eux, à leurs rêves inachevés et leurs objectifs et toutes leurs choses qu’ils n’ont jamais accomplies. Un peu plus tard, j’ai lu une citation de Benjamin Disraeli qui disait : « Le succès dépend entièrement de la constance des objectifs. » et j’ai vraiment ressenti que je devais essayer à nouveau.

Combien de personnages que vous avez créé vivent encore à l’intérieur de votre tête ? Pensez vous qu’un jour vous pourrez les ramener à l’intérieur d’un roman pour une série ? N’est il pas trop difficile de laisser partir un personnage à la fin d’un livre ? Ne ressentez vous parfois que vous auriez pu faire plus ?

Non, je n’écrirai jamais une série, et je trouve cela très facile de laisser partir un de mes personnages une fois que le livre est terminé. Je suis toujours excité à l’idée de créer un nouvel ensemble de personnages, et c’est selon moi assez facile de dire « Adieu ».

281249-154437-jpg_168401_434x276Écrivez vous vos livres avec une idée d’un acteur qui pourrait interpréter vos personnages ? Pensez vous que l’on aura un jour le plaisir de voir un film basé sur un de vos romans ? Peut-être Vendetta ? Ou Seul le silence ?

Je l’espère fortement ! J’ai écrit un scénario pour Seul le silence, le réalisateur Olivier Dahan me l’avait commandé. Je ne sais pas si le film sera tourné. Quand j’écrivais Vendetta j’imaginais toujours Andy Garcia dans le rôle d’Ernesto Perez. Maintenant je pense aussi à Javier Bardem. Dans Seul le silence, j’imaginais Julianne Moore dans le rôle de la mère de Joseph Vaughan, Mary. Parfois des lecteurs m’envoient leur liste préférée de casting et c’est toujours très amusant à voir. Les gens ont des idées très différentes et cela nous rappelle comment la lecture d’un livre est quelque chose de très personnel. Tout le monde interprète les personnages et l’histoire très différemment.

Musique, Livres, avez vous encore d’autres cordes à votre arc ?

J’espère bientôt écrire pour la télévision et je voudrais publier un livre de mes photographies. On verra !

Quels sont vos projets pour la nouvelle année 2012?

Probablement une série pour la télévision britannique et encore plus d’enregistrement et de concerts pour The Whiskey Poets. J’ai un nouveau livre qui sortira en mai « A Dark and Broken Heart » et je travaille sur un autre prévu pour 2013 qui s’intitulera « The Devil and The River ». Je serai également en tournée de promotion en France, je sais dés aujourd’hui que je serai à Paris, Lyon et Montpellier (fin mai 2012 – pour la Comédie du Livre) ainsi que d’autres lieux après la parution en France du livre « Les Anges de New York » en mars 2012.

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