Entretien avec Melvin Burgess

Pensez vous qu’il y ait une différente façon d’écrire entre un roman pour adultes et un roman pour adolescents.

Il y a certaines choses que vous ne pouvez pas faire pour des adolescents. Par exemple, vous pouvez être réticents à l’idée d’écrire un roman sur un second mariage ou sur la manière de vous occuper de vos petits enfants. Vous aurez sans doute choisi un style d’écriture qui ira directement à l’essentiel, les jeunes sont des gens très occupés, ils doivent lire de nombreux livres pour l’école et n’auront pas trop envie de s’attarder sur des détails superflus. Il faudra également une ligne dramatique forte. Mais ayant dit cela, il y a toujours des exceptions à la règle. Et en terme d’invention, de caractères, de style, etc, vous pouvez être aussi inventif que vous le désirez, les adolescents ont moins de conceptions prédéfinies et sont plus ouverts à l’expérimentation. Donc, oui, il y a des différences… habituellement, mais pas toujours.

Pourquoi avez vous décidé d’écrire des romans pour adolescents ?

C’est arrivé par accident. Au début, je pensais que j’écrivais pour les enfants, mais on m’a dit que mes romans étaient lu par un groupe d’âge plus élevé. Plus tard, j’ai réalisé, que ce qu’on appelle « littérature pour adolescents » était véritablement écrite pour des enfants de 1 à 12 ans. Il y a 20 ans, presque personne n’écrivait pour des « vrais » adolescents. C’est donc devenu un défi. Bien sur, c’est très excitant d’écrire pour un groupe d’âge qui a été ignoré si longtemps, cela signifie également que vous pouvez faire des choses en littérature qui n’ont jamais été faite avant. Quel écrivain pourrait dire non à cela ? C’est un champ d’action très excitant.

N’est-il pas trop difficile de se mettre à la place d’un narrateur de 13 ans ?

En tant qu’écrivain, vous devez trouver en vous même des personnes de tous les âges, de tous les genres, et toutes les cultures, quelle que soit la personne que vous voulez décrire. Les adolescents ne sont pas un groupe plus difficile qu’un autre, et même moins, car d’une certaine façon nous sommes tous passés par là, n’est ce pas ?

Avez vous gardé votre âme d’enfant ? Etes vous comme Peter Pan, ne voulant pas devenir grand ?

Non Merci ! Qui voudrait rester un enfant ou un adolescent pour toujours ? Pas question ! Mais j’aime penser que j’ai conservé intacte cette part d’enfant en moi…

Avez vous un rythme de travail dans votre façon d’écrire, une routine ? Pouvez vous écrire en écoutant de la musique ou devez vous écrire dans le silence ?

J’écris toujours le matin, c’est à ce moment là que l’imaginaire du cerveau travaille le mieux. J’écris parfois dans le silence, à d’autres moments, j’écoute de la musique classique, Bach, le plus souvent. Certaines musiques sont bien pour accompagner l’écriture, car elles semblent passer à l’intérieur de vous, et deviennent une partie de vous. D’autres, en comparaison, ont l’air de vouloir insister pour que vous vous asseyiez et écoutiez ! Il faut toujours prendre la première, jamais la dernière.

Parlons maintenant de votre livre Lady. Quand et où avez vous trouvé l’idée d’écrire un livre où une jeune fille va devenir une chienne ?

J’étais en train d’écrire un livre qui s’appelle « Doing It », qui s’intéressait à la sexualité des jeunes garçons adolescents. Je parlais à une amie et lui disais comment j’étais à cet âge là, nous avions un très vilain sens de l’humour. Elle répondit qu’elles aussi.
Cela semblait vrai. Jusqu’alors, j’avais pensé que les filles avaient beaucoup, beaucoup de livres écrits pour elles à propos de la sexualité ; mais je réalisai alors que ces livres parlaient tous de l’amour, il n’y avait absolument rien à propos du désir, ou de la luxure. Quelqu’un, je pensais, devait écrire un livre à propos de la sexualité des jeunes filles adolescentes, mais pas moi ! Je n’étais pas du bon sexe.
Je sentais que c’était quelque chose que je ne pouvais pas faire.
Donc à la place j’écrivis une parabole à propos de la vie de la chair. C’est devenu un livre qui explorait ce qui était important et ce qui ne l’était pas, ce qui est réel et ce qui est éphémère, et quelles sont les choses importantes pour les êtres humains. La plupart sont difficiles. Je suis inquiet que Sandra, dans le livre, ait décidé de prendre de mauvaises décisions.
De quelle manière fut reçu le livre ? Vous souvenez vous si le message, qu’on peut qualifier d’irrévérencieux, rendit le livre plus difficile à être publié ?

C’était facile à publier, les éditeurs m’avaient déjà catalogué comme étant quelqu’un qui écrivait des romans innovants et controversés. Ils l’ont beaucoup aimé ! Mais ça a fait beaucoup de bruit à l’époque et il amorça de grandes discussions sur la fiction pour les jeunes, ce que c’était, ce que ça devait être et dans quelle direction aller. On parlait aussi beaucoup de l’adolescence. Car c’est pour nous tous une étape majeure de notre vie (notre naissance en tant qu’adulte) c’est une période que l’on a du mal a comprendre et dont on se méfie.

Pouvons nous parler de la genèse du livre Billy Elliot, était-ce la première fois que vous écrivez un livre inspiré d’un film ? Quelles sont les avantages d’un livre sur un film ?

Ecrire ce livre m’a fait réfléchir sur ce qu’est un film, un livre, et quelles sont leurs différences principales. J’ai réalisé qu’il y en a deux. Un film est basé sur le présent, tout arrive « maintenant ». Même un flashback montre comment était le présent dans le passé. Un livre se déplace beaucoup plus facilement entre passé, présent et futur. Il y a également une voix intérieure dans un livre (très dure à montrer dans un film, si ce n’est par la voix off). Dans Billy Elliot, on sait que Billy n’a pas de mère. Elle est morte, et n’a pas véritablement de présence. Jackie, le père de Billy, est endeuillé, et la tâche qui lui incombe, très difficile pour un homme vivant dans une culture de mineurs et de boxeurs très masculine, est d’apprendre à devenir une mère pour ses deux garçons.

En utilisant la polyphonie, les narrateurs sont différents à chaque chapitre, j’étais capable de faire surgir les voix intérieures de plusieurs personnages, et montrer, ainsi, comment le passé (la mort de la mère) a une très forte influence sur ce qui se passe au moment présent, dans une façon que le film ne pouvait pas expliquer.

Avez vous reçu des commentaires de la part de l’équipe du film, du réalisateur, des acteurs, du scénariste ?

J’étais en contact avec Lee Hall, le scénariste. Mais le roman a été écrit après le film, quand il était en salle, donc hormis lui, personne.

Qu’aimez vous dans cette histoire ?

J’aime que ce soit à propos des garçons et des hommes, leur rôle dans la société, leur sexualité, et ce que c’est que d’être un homme. C’est quelque chose qui m’a réellement attiré.

Avez vous trouvé que ce travail d’adaptation fut un processus intéressant ? Pouvez vous nous dire si écrire un livre suite à une commande le rend plus compliqué ?

Non, ça l’a rendu plus simple même. Tout le travail le plus difficile, en terme de personnages, d’histoires, etc, était déjà fait, et fait si bien que peu importe la profondeur où j’allais à l’intérieur des personnages tout fonctionnait et tout était parfaitement lié.

Quel genre de livre aimez vous lire ? Quels sont vos écrivains préférés ?

Je lis tous les genres, ça passe par des phases différentes. En ce moment, je lis Christopher Priest, qui débuta dans la Science Fiction et évolua vers quelque chose d’unique, un genre rien qu’à lui. Je pense lire beaucoup d’autres de ses livres dans les semaines à venir.

Comment imaginez vous la littérature dans 20 ans ? Pensez vous que les ebooks vont replacer le livre papier dans le futur ? Ou pensez vous que le livre papier existera toujours ?

Je pense que les ebooks (et ses lecteurs) vont vraiment dans les années à venir prendre un grand envol. Cependant, il y aura toujours des livres papier, car ce sont de très beaux objets. Quatre vingt dix pour cent de toute la connaissance humaine existe seulement en papier, personne ne va prendre le temps et l’énergie de tout numériser, les gens auront donc toujours envie des livres papiers, peut-être également dans une volonté nostalgique.

Rencontrez vous des lecteurs pour parler de vos livres ? En avez vous rencontré après Lady, quels étaient leurs commentaires à propos de ce livre ?

Oui, je rencontre les lecteurs pour parler de mes livres. Je reçois également de nombreux e-mails et commentaires sur Facebook ou Twitter. C’est toujours agréable de lire leurs commentaires. Lady est un de ces livres que les gens aiment ou détestent. Lady nous rappelle sans cesse que nous sommes bien en train de lire un livre, la suspension consentie de l’incrédulité est difficile, ce n’est pas un livre agréable et relaxant qui nous emporte doucement. C’est, au contraire, un livre déconcertant, où l’on se pose beaucoup de questions.
Quel est le but principal de la littérature dans votre opinion ?
C’est d’être lu !
Les livres font tellement de choses, c’est impossible de les classer par catégories. Ils peuvent être là pour s’évader, ou changer nos vies ; ils peuvent nous montrer comment ça serait d’être une autre personne, ou bien simplement nous faire passer une heure. De mon coté, je veux écrire des livres qui racontent une très bonne histoire, et dans le même temps, laisser le lecteur ressentir les choses un peu mieux que lorsqu’il a commencé le livre.
Merci à Melvin Burgess.

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