Entretien avec Justin Peacock

Bertrand : Les lecteurs français ne vous connaissent pas beaucoup encore, seulement votre premier livre Verdict est traduit en français, pourriez vous vous présenter rapidement ?

Justin Peacock : Je suis né et j’ai été éduqué dans le Michigan, et j’ai vécu à New York pour l’essentiel de ma vie d’adulte. J’étais un avocat pendant plusieurs années avant d’avoir mon premier roman publié. Je suis en ce moment écrivain à temps complet.

Pouvez vous nous dire quel Justin Peacock arriva en premier : l’avocat ou l’écrivain ? Quand avez vous réalisé que vous vouliez écrire des romans ?

J’écrivais des histoires depuis longtemps et j’ai souhaité écrire un roman depuis que je suis jeune. Donc l’écrivain en herbe arriva premier, mais l’écrivain reconnu et publié vint après l’avocat.

Avez vous reçu avant la publication de votre livre Verdict des refus de la part d’éditeurs pour des romans différents, si c’est le cas, qu’avez vous appris de ces expériences malheureuses ? Avez vous changé quelque chose ?

J’ai reçu de nombreux refus non quantifiables avant d’être publié, cela inclus également des refus pour mon premier roman avant qu’il ne trouve un éditeur. Je pense que la chose la plus importante que j’ai appris c’est que si vous voulez être un écrivain professionnel vous devez apprendre à vivre avec les refus. Je ne dirai pas que mon écriture a changé suite à ces rejets, mais plutôt que je me suis construit une carapace plus épaisse.

Avez vous un auteur préféré ? Quel genre de livre aimez vous lire ? En tant qu’avocat lisez vous souvent des romans concernant la loi, la justice, où est ce que c’est trop proche de votre profession ?

Je ne pourrais pas nommer seulement un auteur favori, mais une liste non-exhaustive qui inclurait Richard Price, Dennis Lehane, Laura Lippman, John Lescroat, Robert Stone et Don Delillo. J’apprécie énormément lire des romans se situant dans le cadre de la justice, bien que je sois toujours conscient que la pratique de la loi n’est pas vraiment aussi excitante que dans les romans.

Êtes vous inspiré par votre travail (des anciens dossiers) ou bien avez vous des interdictions de faire cela ? Pouvez vous nous dire où vous prenez vos idées ?

J’ai certainement été inspiré par mon travail d’avocat bien qu’évidemment un avocat a une obligation de confidentialité envers ses clients. Les idées pour un roman ont tendance à venir par fragments, et éventuellement une fois que vous en avez suffisamment, ils commencent à former un puzzle de plus en plus grand.

Dans votre premier livre, le lecteur peut découvrir le monde des avocats commis d’office, pouvez vous trouver en vous des motivations pour travailler en tant que commis d’office ou avez vous utilisé la littérature pour vivre la vie d’un ?

Je n’ai jamais été un avocat commis d’office comme les personnages principaux de mon premier livre, mais j’ai des amis et collègues qui l’étaient. J’ai également participé à des cas concernant des affaires criminelles, bien que cela n’ait jamais été la motivation principale de ma carrière. Par chance j’avais suffisamment connaissance d’anecdotes ou de matière première pour décrire précisément les objectifs particuliers de ce travail, au moins dans les limites d’un travail de fiction.

Joel Devereaux n’a pas réellement eu le choix, à cause des problèmes de drogue, mais pouvez vous nous en dire plus à propos de Myra, en effet, pour elle, ce travail représente énormément.

Au contraire de Joel, qui, comme vous le signalez, a du travailler comme commis d’office après un scandale lié à la drogue qui a ruiné ses espoirs de travaille dans un prestigieux cabinet d’avocat, sa collègue Myra a été une avocate commis d’office toute sa carrière. C’est une New-yorkaise pleine de bon sens, ne faisant aucune concession, qui se sent bien dans les rues les plus malfamés de la ville comme à la cour du tribunal. Je pense que beaucoup d’avocats de la défense ne pourraient pas imaginer pratiquer un autre genre de justice, et c’est certainement le cas avec Myra.

Le précédent monde de Joel était probablement très proche de votre vie lorsque vous étiez avocat, ressentiez vous une sorte de fascination pour les avocats de la défense ? Y-a-t-il une grande différence entre des avocats de la défense et ceux des cabinets d’avocats ? Y-a-t-il une concurrence ? Une adversité ?

En tout cas, aux États-Unis il y a de nombreuses différences entre le fait d’être dans un cabinet d’avocat et d’être un avocat de la défense, surtout en tant que commis d’office. Il y a une grande différence en ce qui concerne la paie et le prestige, et la culture des deux tend à être très différente. De nombreux avocats sont attirés par les grands cabinets d’avocats parce que la paie est tellement meilleure alors que les avocats commis d’office ont souvent choisi une ligne de travail dans laquelle ils croient, même si le salaire n’est qu’une fraction de ce qu’ils pourraient gagner ailleurs.

Pouvez vous nous expliquer quand dans sa carrière un avocat doit faire le choix, soit de travailler dans un cabinet d’avocat ou à la défense ou chez le procureur. Y-a-t-il déjà des différences durant l’université ?

Encore une fois je ne peux parler que du système américain, mais ici, non, il n’y a pas de différence en matière de formation, c’est seulement une décision que les gens prennent après avoir obtenu leur diplôme. Et il arrive souvent que les avocats changent entre les postes, les procureurs deviennent avocats de la défense, et ceux présents dans les cabinets d’avocats deviennent procureurs, etc…

Avez vous pris de la drogue dans votre passé ? Car les descriptions de Joel subissant les effets de la drogue étaient très précises, comme les sensations qu’il ressentait quand il en avant besoin. Selon vous quelles seraient les solutions face aux dangers de la drogue ?

Comme tout écrivain de fiction, je retire des informations de ma vie personnelle et de recherches sur le monde que je retranscris. Ma vie personnelle et celle de Joel sont très différentes de nombreux points de vue, mais le personnage, certainement, s’inspire en partie de ma vie. Il n’y aura selon moi jamais de solution définitive aux problèmes de la drogue, et plus particulièrement dans les grandes villes, mais essayer d’arrêter la soi disante « guerre de la drogue » pour s’intéresser plutôt sur les répercussions au niveau de la santé des individus serait un bon début.

Pourquoi, selon vous, de si nombreux auteurs aiment écrire des histoires sur la loi, la défense et la justice ?

Tout simplement, la loi est l’élément central de la civilisation. Et un procès est par nature la confrontation ultime entre les partis opposés. Je pense que les histoires à propos de la loi, de la justice et du système pénal seront toujours populaires car ces sujets sont importants pour préserver la société.

Est ce que je peux avoir votre opinion sur le monde de la littérature, que pensez vous notamment des ebooks, préférez vous les livres papier ?

Je préfère encore le livre papier mais je comprends et respecte que les ebooks sont le futur. Il y aura beaucoup de défis dorénavant pour publier des livres papiers car les maisons d’éditions tendent à privilégier le livre numérique, la transition semble inévitable.

Voyagez vous souvent pour rencontrer vos lecteurs pendant des festivals ou des salons du livre ? Êtes vous déjà venu en France pour rencontrer les lecteurs ?

Il m’arrive parfois de participer à des festivals, des lectures ou des séances de dédicaces aux États-Unis, mais je n’ai pas encore eu l’opportunité de venir en France pour le faire. Peut-être lorsque le second livre sera traduit…

Avez vous déjà eu des contacts avec l’industrie cinématographique ? Sont ils intéressés pour adapter un de vos livres ? Voudriez vous collaborer à l’adaptation ?

J’ai eu quelques contacts concernant mon travail depuis Hollywood mais jusqu’ici rien qui ne soit allé bien loin. J’aimerai beaucoup travailler un jour sur une adaptation, mais l’industrie du cinéma est très lente pour agir et très imprévisible, donc je ne retiens pas encore ma respiration…

Quand vous écrivez vos livres, avez vous un casting en tête ? Quels acteurs verriez vous pour interpréter Joel et Myra ?

Je n’ai jamais eu d’acteurs spécifiques en tête pour Joel et Myra, j’ai une image mentale pour chacun des deux mais ils ne sont pas inspirés par des personnes précisément définies.

Je voudrais encore vous féliciter, la fin du livre est vraiment excellente, le lecteur tout à fait surpris. Pensez vous que ce genre de situation peut se passer dans la vie réelle ? Que pourraient ressentir les avocats ? Que ressentiriez vous ?

Merci. Sans dire quoi que ce soit qui risque de gâcher la fin, un des thèmes principaux du livre c’est l’exploration des issues morales concernant l’acte de défendre quelqu’un qui a été accusé d’un crime horrible. L’avocat de la défense a l’obligation d’avancer une théorie de l’affaire qui exonerait son client. Je considère qu’être un avocat de la défense est une profession honorable : leur travail n’est pas d’obtenir la justice, mais de protéger leur client, accusé. Les conflits moraux sont dans ce cas inévitables.

<Merci à Justin Peacock pour cet entretien

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