Un requiem allemand, troisième tome de La Trilogie Berlinoise – Philip Kerr

trilogieC’est dans le Berlin de 1947 que nous retrouvons Bernie Gunther, le détective privé familier des lecteurs de L’été de Cristal (Prix du roman d’aventures 1993) et La pale figure. Un Berlin de cauchemar, écrasé sous les bombes, en proie au marché noir, à la prostitution, aux exactions de la soldatesque rouge…
C’est dans ce contexte que Gunther est contacté par un colonel de renseignement soviétique, dans le but de sauver de la potence un nommé Becker, accusé du meurtre d’un officier américain. Mais quel rôle jouait au juste ce Becker — que Bernie Gunther a connu quelques années plus tôt ? Trafiquant ? espion ? coupable idéal ?
À Berlin, puis à Vienne, tandis que la dénazification entraîne une valse des identités et des faux certificats, Bernie va devoir prouver que son passage sur le front de l’Est n’a pas entamé ses capacités. D’autant qu’il s’agit aussi de sauver sa peau…

Voici le troisième livre de Philip Kerr qui nous a permis de découvrir un peu mieux l’Allemagne. De 1936 à 1947, le lecteur a pu se plonger dans un univers qu’il pensait connaitre, pour mieux l’appréhender, le cerner. En 1947, j’étais choqué par la ville de Berlin détruite et par ses habitants complètements livrés à eux mêmes, dans un pays aphone, envahi des puissances alliées, Russes, Américain, Français, Anglais… La division des sections de la ville de Berlin provoquait un chamboulement complet, les berlinois ne savaient pas sur quel pied danser, devant se méfier de tout, devant se justifier de leur passé, tous étant traités de Nazis. Comme des lépreux disait Bernhard Gunther.

J’étais complètement pris par les premières pages, alors qu’on avait toujours vu Bernie comme un « filou » qui savait bien s’en sortir, riche et bien habillé, la guerre le marqua profondément. On le retrouva marié, à une femme qui ne voulait plus de lui, préférant aller voir ailleurs, du coté des soldats américains qui offraient des cadeaux à leurs maitresses. Les femmes devenaient des prostituées ou des « entraineuses » dans les bars remplis de soldats… Les hommes Allemands, quand à eux, étaient réduits à vendre les biens qui leur restaient, et même des jambes en bois.

Lisez les premières phrases du Requiem Allemand.

« Berlin 1947 : En ce moment, si vous êtes allemand, vous êtes au Purgatoire bien avant de mourir, et vos souffrances ici-bas valent pour tous les péchés de votre pays restés sans punition comme sans repentir, ce jusqu’au jour où, grâce aux prières des Puissances — tout au moins de trois d’entre elles — l’Allemagne sera enfin purifiée.
Car à présent nous vivons dans la peur, la peur des Popovs, surtout. Et cette angoisse n’a d’égale que celle, quasi universelle, des maladies vénériennes, qui ont tourné à une véritable épidémie. D’ailleurs, ces deux fléaux sont généralement considérés comme synonymes. »

Le fléau allemand, qui les empêchera de se regarder dans la glace, cherchant une éclaircie, une « absolution » de leurs péchés, de leur passé de SS. Bernie d’ailleurs dira à un moment :

« En effet, même quand nous bavardions et plaisantions, il y avait toujours quelque chose de bizarre dans leur regard, et que, sur le coup, je n’arrivais pas à identifier. Je compris quelques jours après ma sortie de l’hôpital. Et j’en fus presque malade. Ces américaines avaient peur de moi, tout simplement, parce que j’étais allemand. Comme si, lorsqu’elles me regardaient, elles voyaient défiler les bandes d’actualités sur Bergen Belsen ou Buchenwald. En réalité, une question papillotait dans leurs yeux : comment avez vous pu laisser faire ça ? Comment avez vous pu tolérer de telles horreurs ? Sans doute, pendant plusieurs générations, quand ils croiseront notre regard, les citoyens des autres nations nous poseront ils la même question muette. »

Philip Kerr m’a ensorcelé. M’a donné envie de lire plus de romans qui se passent à cette période, qui se situent du coté des allemands, du peuple allemand. Ken Follett dans ses romans historiques sur la guerre créait souvent avec les personnages allemands des monstres, des SS ou des espions. J’aimais avec Philip Kerr, me rendre compte de l’humanité des gens qui observaient tout ça d’un œil effrayé, qui étaient témoins de cette période tristement sombre pour le monde, pour l’Europe et surtout pour le peuple allemand.

Je vous conseille très vivement de découvrir cette trilogie, magnifiquement écrite dans un style sec, parfois brutal, souvent séduisant et sexy.

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