Supplément aux mondes inhabités – Xabi Molia

molia1« Les menteurs. Les gloutons du restaurant. Les gens qui te méprisent. Les indifférents. Les types trop pressés pour me dire bonjour. Hennebaut, jamais un regard quand il te serre la main, et la main si molle, si humide qu’on dirait un poisson tiède. » Victor, levé avec retard, commença par avaler un café brûlant, puis ajouta à voix basse sur son magnétophone : « Les bavards. Les bavards impitoyables du téléphone, qui t’écrasent avec leur conversation Lacombe, Tissier, Plumien Xavier… Je sais quelles dépenses ils ont faites pour leurs femmes, et je connais l’itinéraire de leurs voyages à l’étranger, les études de leurs enfants, la voiture qu’ils n’auront pas les moyens de se payer cette année. Les ambitieux. Les loups-garous. Les pointilleux qui te surveillent. Et moi je les laisse contrôler, je me laisse faire. Les grandes bouches. Les fanfarons de merde. Les fouteurs de merde, les paresseux, les jaloux. Ceux qui se moquent de tout. Les types arrogants. Les types toujours froids, les vampires. Les types comme moi. » En deux cent neuf paragraphes classés par ordre décroissant, un homme sans histoire, lisse et secret, voit son existence partir à la dérive. Le monde de Victor vacille, fiction et réalité s’enchevêtrent, l’étrangeté aux autres et à soi-même se fait chaque jour plus étouffante. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un seul geste possible.

Entretien avec l’auteur, suivez le lien.

Quel drôle de roman que ce livre de Xabi Molia, écrivain et réalisateur (de Huit fois debout)… Un livre qui déroute dés les premiers caractères imprimés sur le papier, des chiffres, allant à l’envers, comme un compte à rebours, une minuterie, jusqu’à l’explosion.

Le livre sent la tragédie.

Victor est seul, il vit dans son monde et dans son passé. Il cotoie des femmes mais reste ennivré par Marion, celle qui l’a aimé mais quitté. Marion, puis les autres. Celle qui passe toujours avant.

Xabi Molia a une écriture séche, précise, des phrases crues. Un écrivain du XXIè siècle, « de son époque ». Mais une époque déformée dans ce livre. Il n’y a pas de temps. La chute des chapitres nous montre la chute de l’humanité, de l’humain. On voyage dans le passé, dans le présent, dans l’inconscient, dans les rêves de Victor. Les chapitres à la fin s’emmèlent, cette chronologie qui nous promettait un semblant de réalité, de concret, se dérobe sous nos pieds, sous nos yeux de lecteur saoulés par les mots et les actes décrits dans ce livre choc.

Le supplément aux mondes inhabités est un mélange de genre, on y croisera un exemplaire de Paris Match, quelques cafards, une journaliste documentaliste aux cheveux blonds, un chien compatissant, des objets sur le troittoir, laissés la comme à la veille de l’apocalypse. Des objets se déréglant comme par magie, sans raison, ni explication de l’auteur.

Le lecteur est perturbé souvent par la tournure des évènements. On est perdus, parfois agacés.

Le Supplément aux mondes inhabités (très beau titre par ailleurs) est un roman qui souffre parfois de son style. Trop surréel. Trop surnaturel. Pas assez concret selon moi. Il y a trop d’ellypses dans ce roman, on passe parfois du coq à l’âne d’une façon trop rapide. Le livre déçoie mais pourtant on ne peut pas le lacher, on ne peut pas abandonner sans savoir ce qu’il va nous faire subir au numéro 1 de son livre, à la fin.

Un roman surprenant. A emprunter dans une bibliothèque pour découvrir ce jeune auteur intrigant…

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