L’homme aux lèvres de saphir – Hervé Le Corre

1540-1Paris, 1870.
Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfie la police, fort dépourvue face à ces crimes d’un genre nouveau. Le meurtrier, lui, se veut  » artiste  » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage à celui qu’il considère comme le plus grand écrivain du XIXe siècle, Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie méconnu.
Dans le labyrinthe d’une ville grouillante de vie et de misère, entre l’espoir de lendemains meilleurs et la violence d’un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que la vie n’a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l’assassin.

Premier roman que je lis de cet auteur qui m’a été conseillé par un excellent libraire. L’homme aux lèvres de saphir est un très bon livre, mais relativement perturbant. Nous sommes en plein Paris sous l’empire de Napoleon III en 1870, juste avant la république. Le contexte est très important. Les personnages sont fortement liés à l’histoire avec un grand H. De manifestations, en réunions politique, le petit peuple, les ouvriers, les femmes luttent pour plus de liberté, de justice, et pour pouvoir manger à leur faim.

Ici, à cette époque, les manifestations ne ressemblent pas à nos défilés, les soldats, policiers tirent et tuent des opposants au pouvoir et à l’ordre public. Les emprisonnent pour des motifs légers. Dans cette société les riches sont puissants, avec tous les pouvoirs et les pauvres n’ont rien.

Plusieurs personnages vont être nos témoins de cette époque violente. Entre autre un tueur diabolique, un ouvrier témoin d’un crime, un inspecteur, une prostituée. Nous sommes dans le roman noir, le plus noir possible. Les crimes sont atroces, sans raison apparente. Dans une police qui n’a pas encore franchi un nouveau millénaire, les différentes théories sont nombreuses, des policiers un peu rétrogrades tiennent leurs positions face aux des jeunes inspecteurs aux idées novatrices.

Dans ce roman, Hervé Le Corre nous met souvent mal à l’aise face à cette situation, les crimes sanguinaires d’un coté, l’histoire politique et les manifestations d’un autre. Deux mondes s’affrontent. Personne n’en sortira indemne.

J’ai passé un très bon moment avec Hervé Le Corre et son homme aux lèvres de saphir mais je suis soulagé que le livre soit refermé. Une très belle écriture, des situations crédibles, des descriptions nombreuses de cette vie dans Paris en 1870, un Paris qu’on ne connait pas vraiment. Rien n’est romantique dans ce Paris sombre, aux ruelles mal éclairées et aux odeurs pestilentielles. Une langue parfois un peu malmenée par le langage de l’époque, des expressions anciennes qui prêtent à sourire, démodé parfois, mais un livre très détaillé et très respectueux d’une période où être Camarade avait un sens, et où partir manifester contre le pouvoir était une décision courageuse.