L’été meurtrier de Sébastien Japrisot

Une jeune femme d’une vingtaine d’année nouvellement installée dans un petit village provençal fait tourner le cœurs des garçons.

Fermez les yeux, imaginez la Provence, les montagnes, les feux de forêt, les vacanciers l’été…

Le roman de Sébastien Japrisot nous emporte là bas, dans un village et dans plusieurs familles. Famille d’immigrés italien les Montecciari, trois garçons Pin-Pon (pompier volontaire et mécanicien), Mickey un amateur de vélo et Bou-Bou toujours dans les livres, celui qui fait des études… Une autre famille, celle de Elle (son surnom), Éliane, très jolie fille qui aime attirer les regards et attiser les passions.

Le livre se concentre sur les personnages, il y a très peu de descriptions, seulement ce qui est nécessaire pour situer, pour comprendre les enjeux, et pour augmenter la puissance des émotions. Le roman commence avec Pin-Pon, puis changera de narrateur à chaque chapitre. Les chapitres sont long, plus de 100 pages parfois, on a le temps de s’attacher, de comprendre ce qui se passe dans leur tête.

On est estomaqué par le brusque changement, par la tournure du livre lors du premier changement de narrateur, de Pin-Pon à Elle. On se rend petit à petit compte des enjeux que le livre construit. Que l’histoire qui va se jouer, comme on s’en doutait avec le titre L’été meurtrier, sera un drame. Touchera les familles, les détruira. Parce que le passé, est passé (justement) par là. Le temps n’a rien effacé.

Elle, Pin-Pon, Mickey, Bou-Bou, Cognetta, même Eva Braun… autant de personnages que l’on n’a aucune envie d’abandonner, malgré le drame qui se joue, on se sent très ému par ce roman. Ému, avec souvent le rire qui se déclenche au hasard d’un mot, d’une phrase, souvent prononcé par Éliane, un peu crue parfois. Ému mais aussi pétrifié. Les dernières pages se tournent en tremblant.

J’étais un peu déçu au début d’avoir vu qu’il a été publié il y a si longtemps, j’estime parfois que l’écriture des années 70-80 me semble dépassée, vieillotte et ne me convainc guère. Ici, si on met de coté cet a-priori on se laisse emporter. Complètement. Sans retenue. Les premières dizaines de pages posent le décor, le cyclisme, Fausto Coppi et sa moustache, Mickey, son vélo et ses anecdotes, la vieille Delahaye, le cinéma du village et le bal qui sont surveillés par le pompier Pin-Pon, les regards lubriques que jettent les garçons au passage de la robe très courte de Elle, celle là qui va emporter le coeur de Pin-Pon, au son d’un piano mécanique gravé d’un M doré.

C’est l’atmosphère de ce livre, de ce village que j’ai trouvé fascinant. En quelques pages, Sébastien Japrisot construit son univers, et peut ensuite laisser les actions se déclencher. L’amour. L’amour véritable. L’amour manipulateur. L’amour d’une fille pour son père. La haine aussi. La folie n’est jamais loin dans ces cœurs gonflés.

« Quand je suis né, notre mère voulait m’appeler Baptistin. C’était le nom de son frère, Baptistin Desrameaux, qui s’est noyé dans un canal en portant secours à quelqu’un. Elle dit toujours que quand on voit quelqu’un qui se noie, il faut regarder ailleurs. Quand je suis devenu pompier volontaire, elle était tellement furieuse qu’elle a donné des coups de pied à mon casque, elle s’est même fait mal. En tout cas, elle s’est laissé convaincre par notre père de m’appeler Fiorimondo. C’était le nom de son frère à lui et, au moins, il était mort dans son lit. »

J’aime ce langage, simple et précis, ce mélange de style lorsqu’on va basculer d’un personnage à l’autre.

Ce roman m’a époustouflé. J’ai été emporté par ses émotions, les larmes n’ont pas été loin. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre, que je recommande vivement, à essayer de lire sans avoir vu le film adapté (avec Alain Souchon et Isabelle Adjani). Le lire avec un regard vierge et innocent pour mieux se laisser happer par les mots, les pensées des personnages de Sébastien Japrisot.

2 réflexions sur “L’été meurtrier de Sébastien Japrisot

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