38 témoins – Lucas Belvaux

« Le Havre, 3h du matin, une femme est retrouvée morte dans le hall d’un immeuble. »

Alors qu’elle rentre d’un voyage professionnel en Chine, Louise découvre que sa rue a été le théâtre d’un crime. Aucun témoin, tout le monde dormait. Paraît-il. Pierre, son mari, travaillait. Il était en mer. Paraît-il… La police enquête, la presse aussi. Jusqu’à cette nuit où Louise rêve. Elle rêve que Pierre lui parle dans son sommeil. Qu’il lui parle longuement. Lui qui, d’habitude, parle si peu.

Lucas Belvaux réalise 38 TEMOINS, un film admirable.

Un meurtre dans la ville, la nuit… Qui est témoin ? Selon les premières investigations de la Police : personne.
Yvan Attal joue le rôle d’un pilote (il fait rentrer des bateaux de 300m dans le port de marchandises du Havre). Un homme discret, silencieux. Sa fiancée revient d’un séjour en Chine un matin, alors que le crime vient d’être commis. Il lui dit qu’il travaillait tard ce soir là. Lorsque la police cherche des témoins, il ne se montre pas. D’un naturel réservé, il ne souhaite pas parler.

Son appartement qui donne juste en face du lieu du meurtre en fait un lieu d’observation idéal. Des grandes fenêtres tout le long de la façade… Dans l’appartement d’en face, un homme silencieux, immobile, le fixe du regard. Ce regard déstabilisant l’oblige à tirer les rideaux. Souhaitant se retrouver seul, dans son cocon.

La vue sur la rue lui rappelle tout. Il n’a rien pu oublier. Il a juste menti à sa fiancée. Il était bien là le soir du meurtre. Il dormait quand un cri terrible, inhumain, le réveilla. Il alla voir à la fenêtre du salon. Une femme marchait en se tenant le ventre, elle disparut dans le hall de son immeuble. Ne voyant plus rien, il se recoucha avant qu’un nouveau cri, encore plus fort que le précédent, ne le traumatise à vie.

Pourquoi n’a t-il rien fait, rien dit ?

Les questions se posent par dizaines, par centaines, Lucas Belvaux ne cherche pas à expliquer l’absence de réactions des témoins, les raisons sont trop nombreuses. Il montre simplement la lâcheté des humains, leur manque de solidarité. C’est un film dérangeant car il nous renvoie à nos consciences, qu’aurions nous fait ? Que ferions nous si l’on entendait un cri dans la nuit. La ville est devenu un théâtre tellement imprévisible qu’un cri peut être lancé pour de multiples raisons. Et si l’on ne faisait rien, en pensant bien faire, ne pas vouloir déranger la police pour ce qui ne serait peut-être rien… Et si le matin on se réveille, et que la police sonne en nous apprenant qu’une femme, ou un homme, a été tué au bas de la rue. Nous en serions au même point. Coupable de notre manque de réaction. Coupable du fait de notre silence.

Le personnage joué par Yvan Attal est confronté à sa conscience, à sa lâcheté. Il se dégoute de n’avoir pas réagi alors qu’il a été témoin. Les autres, les silencieux, sont également rongés, mais préfèrent se donner des raisons. L’explosion finale, la révélation, la reconstitution va mettre à mal toutes les certitudes, l’horreur va ressurgir, la caméra de Lucas Belvaux nous présente les faits et nous laisse juger.

Juger qui est coupable ou innocent… Les spectateurs deviennent des jurés. Le réalisateur avec ce film nous présente sur un plateau, un miroir sur nos consciences et une décision à prendre.

Un film magistral, qui malgré certaines longueurs, bouscule tout sur son passage. Le coup de tonnerre au milieu du film nous glace le sang.

38 témoins Bande annonce

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